séances de somatothérapie avec des proches


 

séances de somatothérapie

avec des proches…

 

L’enfant terrible de la psychanalyse expérimentait tout ce que Freud déconseillait. Il est prétendu que nous ne pouvons pas prendre en thérapie un membre de notre famille ou un ami. « Pourquoi donc ne pourrais-je pas aider ceux qui me sont chers ? » s’est courageusement demandé Catherine.

 

 

La psychanalyse enseigne que, depuis sa naissance, l’individu construit sa représentation du monde et son propre rapport à ce dernier selon des processus de projection et d’identification. La relation patient / thérapeute s’élabore également, au fil du temps, sur ces bases. Pas moyen d’y échapper !

Que se passe-t-il donc quand le patient est un ami, une connaissance du thérapeute ?

Jung introduisit la notion de persona. La persona est ce que quelqu’un n’est pas dans la réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu’il est. Chacun de nous tient des rôles sociaux : fille, fils de, mère-père, épouse-époux, ami, collègue, relation professionnelle, voisin…. Maurice, lors d’une séance, exprime spontanément et fort bien la difficulté que représente le fait d’avoir un réseau commun de connaissances avec moi et comment il s’y adapte, en disant : Je ne dis pas les choses de la même façon avec toi qu’avec un autre thérapeute parce que tu es l’amie de ma femme.

 

QU’EN EST-IL de la DEMANDE de MES PATIENTS?

 

Cette question en appelle une autre. Comment ont-ils été amenés à être demandeur des séances ?

Pour Pierre qui s’est engagé pour 10 séances, notre relation amicale avait fait qu’il s’était intéressé, tout au long d’une année de ma formation de thérapeute, à ce que je faisais. Je lui en donnais tout naturellement des nouvelles et c’est spontanément que je lui annonçais que, poursuivant, mon souci était, à présent, de trouver quelques patients. Je pensais qu’il pourrait éventuellement me mettre en relation avec des personnes intéressées et j’ai vraiment été surprise et touchée quand il s’est proposé volontaire pour 10 séances.

 

Pierre a 63 ans, il devait se préparer à une séparation, mais constatait que cela l’affectait plus qu’il ne l’aurait dû. Il traversait une période de sa vie où il devait s’adapter à de multiples changements : nouveau lieu d’activité, réduction de son temps de travail, nouvelles responsabilités demandées, nouveau logement ; une nouvelle vie en somme ; il l’avait pourtant choisie.

Quelques mois avant ses prises de décisions de changement, il avait eu un très grave accident de vélo, avait passé beaucoup de temps à l’hôpital et en maison de convalescence. A l’époque, cet accident l’avait fait réfléchir, il avait beaucoup apprécié qu’on s’occupe de lui et avait compris qu’il devait ralentir sa charge de travail, que ça lui faisait trop. Il était, à présent, à mi-temps.

Est-ce que le Massage Sensitif pourrait aider Pierre dans cet effort d’adaptation à sa nouvelle vie ?

 

 

Le CADRE

 

Il est essentiel et préalable à tout travail. C’est le terreau sur lequel la relation thérapeutique puise toute sa puissance. Pas de travail thérapeutique sans cadre.

Le cadre permet d’organiser la relation entre le patient et le thérapeute. Il fixe les règles, il dit la loi, ce qui est permis, attendu et ce qui n’est pas permis. Selon sa problématique le patient peut essayer de s’y dérober, ou d’en tester la solidité. Il revient au thérapeute de le faire respecter, il s’agit d’une des dimensions essentielles de son travail.

Du reste, pour certains patients, le travail thérapeutique se situe essentiellement autour de la question de l’adhésion au cadre. C’est en maintenant celui-ci que le thérapeute permet à son patient d’exprimer ses fantasmes, ses angoisses, ses désirs, de les mettre en mots à la place d’actes, car il apporte la sécurité nécessaire à cette relation.

 

Travailler avec des amis ou des connaissances constitue inévitablement un facteur favorisant l’entrave de l’application rigoureuse du cadre, justement parce qu’il existe plusieurs cadres possibles à la relation. Il est fort à parier que l’avancement des séances amènera inévitablement l’un et l’autre à réfléchir à ce cadre, à ses propres projections et à ce qui se joue pour lui. Le trouble qui peut s’en suivre constitue alors un frein à la thérapie. Les difficultés que j’ai rencontrées se sont jouées à plusieurs niveaux :

 

   - Lieu des séances. J’exerce à mon domicile. Maurice connaissait dans le cadre d’une relation amicale, mes filles qui vivent avec moi. J’ai pensé à tes filles. Je me suis demandé si elles seraient chez toi - et ce qu’elles allaient ressentir en me voyant. Il a expliqué que ça le renvoyait à des situations où sa mère, divorcée, recevait des hommes à la maison. Quels transferts étaient convoqués ? Quelles projections ? L’image qu’il pensait que mes filles ont de lui (sa persona) était sollicitée.

 

   - Changement de cadre.  A la fin de la séance, nous avons prolongé notre rencontre par une discussion autour d’une tisane. Cette conversation était-elle si différente que les temps verbaux, lors de la séance ? Peut-être pas pour le patient, par contre mon écoute et mes réponses n’ont pas été du même ordre : l’échange amical s’est fait au niveau conscient, alors que j’essayais de mobiliser une écoute flottante pendant l’entretien, attachant mon attention à mieux percevoir ce que Maurice exprimait au-delà des mots, me situant ainsi à un niveau de compréhension plus inconscient ou préconscient. Je ne me serais pas permis dans cette situation de lui faire part de mes jugements, opinions et points de vue personnels, tandis que lors de la conversation amicale j’y étais amenée.

Le thérapeute utilise la reformulation offrant ainsi un miroir à son patient et l’invite à contacter ses vécus personnels antérieurs. L’ami réagit personnellement et écoute tout autant qu’il participe.

 

   - Rétribution. Elle a été déterminée en fonction de la demande initiale, mais aussi selon la relation amicale instaurée préalablement. Une thérapie, ça se paye. Que se joue-t-il alors ? L’effort financier fourni est le signe de l’engagement psychique du patient, de sa motivation, de son désir d’évolution. Il est aussi le signe d’une confiance et d’une reconnaissance du thérapeute par le patient.

Pour le patient, c’est également l’assurance de ne rien devoir au thérapeute, d’être libre de venir, de ne pas venir, d’arrêter le travail, de ne pas avoir à se soucier du ressenti du thérapeute pendant et après les séances. En payant, le patient s’offre l’écoute d’une personne dans un cadre confidentiel. Ceci constitue, pour le patient, une relative maîtrise de la relation.

Certains thérapeutes considèrent aussi qu’être payé correctement fait qu’ils auront moins besoin d’être payé de satisfactions personnelles, morales, affectives… En effet, mon superviseur n’a pas laissé passer ma remarque : Je suis un peu frustrée de ne pas savoir ce qu’il pense du Massage Sensitif. Il m’a alors fait réfléchir Es-tu frustrée de ce qu’il pense du Massage Sensitif ou de ce qu’il pense de toi ?

 

 

 

Les LIMITES d’un TRAVAIL avec des AMIS

 

Mes limites personnelles ne sont pas à expliquer uniquement par mon manque de formation. Le regard que j’ai pu porter sur ce qui se vivait pendant les séances a bien évidemment été orienté par ma personnalité, ma vision du monde, mon vécu personnel. Ceux-ci ont constitué un filtre.

Comment être autre et penser autrement que par soi-même ? En tâchant de prendre du recul et en interrogeant mes contre-transferts, je parviens à identifier les points caractéristiques de l’influence que j’ai pu exercer. En voici quelques exemples illustrant combien le thérapeute peut réagir en référence à son vécu personnel :

La neutralité absolue du thérapeute est sans doute utopique, mais il n’empêche que tout thérapeute veille en permanence à son attitude, interroge son ressenti, afin d’avoir au moins conscience de la façon dont il peut influencer - et cela à son insu - son patient, en fonction de ses propres prises de position dans la vie. Les supervisions aident à cette prise de recul indispensable. L’enjeu est de laisser la plus grande liberté possible au patient de développe sa propre réflexion, pour œuvrer par lui-même à la construction de sa propre voie, de sa propre vie.

Pierre : Je n’ai pas grand-chose à te dire. Et plusieurs fois, il se souciera de moi, au lieu de se centrer sur lui : Est-ce que tu es bien comme ça ? Ou bien il me propose de lui dire ce que j’ai ressenti,vécu ou observé pendant le massage.

Certains transferts positifs aident à parler. D’autres (négatifs ou positifs très intenses) freinent la parole et la spontanéité. Pierre a eu envers moi par le passé un rôle de soutien moral, psychologique et spirituel. Comment pourrait-il, aujourd’hui, devenir celui qui a besoin d’aide ? Il lui faudrait  changer de position. Cela est-il possible ? De plus, il est peut-être difficile de se faire aider par quelqu’un nettement plus jeune que soi.

 

Chez Pierre, des réticences (conscientes) et résistances (inconscientes) se sont manifestées à plusieurs niveaux :

- Son expression verbale :  beaucoup de paroles, mais utilisant des références culturelles impliquant peu sa personne, ou une économie de mots lui évitant de parler de soi, des trous de mémoire, des questionnements directs, des troubles spécifiques liés à la multiplicité des rôles sociaux et à leurs interférences possibles,..

- Sa libre expression dans le toucher : de la retenue dans ses mouvements, des tensions, la fuite dans des idées prè-construites, structurées, conscientes, des endormissements…

 - Son comportement : les attitudes corporelles, façon de s’asseoir, actes manqués…

 

 

CONCLUSION

 

Par cet écrit j’espère avoir illustré en quoi recevoir des amis en somatothérapie peut limiter la portée du travail. La libre expression (corporelle et verbale, consciente et inconsciente) nécessitant sécurité et confiance il est plus difficile de gagner celles-ci lorsque la vie confronte, ensemble, les acteurs de la thérapie (patient et thérapeute) à d’autres situations variées, mettant en jeu plusieurs rôles sociaux, dans un réseau de relations amicales.

La thérapie a besoin d’un cadre qui isole, comme un laboratoire, dans lequel le patient est invité à aller à la rencontre de ses émotions, de ses sentiments, de son passé, de son histoire personnelle, de celle de sa famille, de ses non-dits et de ceux des autres, de ses souffrances,  de ses projections, de ses identifications, de son narcissisme, de l’image idéale de lui, de son surmoi intériorisé, de son ça, de son inconscient...

 

Exercer avec des amis nécessite de s’interroger sur les motivations et la demande de chacun. La thérapie n’est pas sans incidence sur les relations. Il est préférable pour le patient et le thérapeute de le savoir, avant de s’y engager, et de prendre les responsabilités qui en découlent, ainsi que d’en assumer les conséquences.

Offrir sécurité et confiance pour permettre une libre expression à son patient nécessite de réelles compétences de la part du thérapeute et le respect d’un cadre solide et contenant.

Aujourd’hui, j’ai choisi de ne prendre que de « vrais » patients qui ne soient pas des connaissances et qui font librement la démarche personnelle de venir me voir, avec l’intention de travailler sur eux, c’est-à-dire de comprendre, de réfléchir sur eux-mêmes, à leurs comportements, à leurs émotions et sentiments, dans le but d’un mieux-être pour eux et leurs entourages.

Ont ne peut pas tout mélanger.

 

Catherine CHOPARD,

Somatothérapeute, Chassieux (69)