Le point sur la Fibromyalgie



Å la demande du Ministère de la Santé, un groupe de travail de l’Académie Nationale de Médecine a rendu en janvier 2007 un rapport consacré à la Fibromyalgie. CE rapport a pris en compte les données historiques, épidémiologiques, cliniques, psychiatriques, nosologiques ainsi que l’étude des comorbidités, des hypothèses physiopathologiques et des perspectives thérapeutiques.

 

Les conclusions synthétiques de ce rapport ont donné lieu à l’énoncé de recommandations exposant la position de l’Académie Nationale de Médecine.
Voici donc ces recommandations

La Fibromyalgie correspond à une entité clinique, fonctionnelle, faite de douleurs diffuses chroniques, apparemment inexpliquées. Ce syndrome ne correspond pas à une maladie mais doit être évoqué sans polémique sur sa nature, pour éviter les examens et traitements inutiles. Il ne peut être retenu qu'après avoir éliminé les pathologies organiques avec lesquelles il peut être confondu ou associé.

Les patients, dont l’approche est souvent complexe et la prise en charge difficile, ne doivent pas être rejetés mais au contraire pris en charge de façon individualisée et le plus souvent multidisciplinaire (Rhumatologue, Psychiatre, Rééducateur, etc).Il n’existe pas de profil psychologique spécifique, ni de preuve permettant de rapporter ce syndrome à une origine uniquement psychogène. Un contexte de tension émotionnelle, d’anxiété et de dépression est cependant constant et impose une prise en charge particulière.

Le diagnostic de Fibromyalgie annoncé et expliqué au patient n’aggrave pas ses troubles qui peuvent exister indépendamment de la recherche d’une reconnaissance médicale et sociale ou de compensations financières.
Les troubles fonctionnels ne correspondent à aucune anomalie objective des structures de l'appareil locomoteur. Ils ne peuvent êtres responsables d’un handicap définitif, ni de lésions fixées. Le diagnostic de Fibromyalgie n’implique donc pas lui-même l’obtention d’une mise en invalidité, ni les avantages d’un statut d’affection de longue durée. Il convient cependant d’éviter une attitude trop dogmatique. En effet, la diversité des présentations cliniques forme un spectre continu allant des formes les plus discrètes aux formes les plus sévères. Ces dernières, peu fréquentes jusqu’ici, peuvent justifier, à titre individuel et après avis d’experts, la prise en charge qui convient aux maladies invalidantes, permettant d’adapter le traitement aux besoins du patient.
Dans tous les cas, le maintien d’une activité professionnelle est souhaitable et doit tenir compte de la gêne fonctionnelle en adaptant le poste et les horaires de travail.
Des recherches sont encore indispensables pour mieux comprendre l’origine des douleurs et des nombreuses plaintes de ces patients, et améliorer la prise en charge thérapeutique. Il en est ainsi :

Des bienfaits certains de la rééducation ; des programmes appropriés, des thérapies cognitives et comportementales doivent être mis au point parallèlement au programme d’éducation.

Des formes de l’enfant, des formes de l’homme, des formes associées à l’arthrose, à l’obésité, à d’autres maladies auto-immunes ou virales et des formes familiales qui doivent faire l’objet d’études cliniques complémentaires.

Des études génétiques qui doivent être poursuivies, celles qui portent sur le polymorphisme des gênes, des systèmes sérotoninergiques et des catécholamines ayant donné des résultats intéressants. Il faut y associer la prise en compte d’éventuels facteurs d’environnement.

De l’imagerie cérébrale qui, en montrant des anomalies du contrôle de la sensibilité par le système nerveux central, a permis de progresser dans la compréhension de ce syndrome polyalgique diffus dont les résultats doivent être confirmés et précisés quant à leur signification.

Dr Pascale PICARD Docteur au CETD (Centre d'Étude et de traitement de la Douleur) CHRU de Clermont-Ferrand