Conscience corporelle avec des Parkinsoniens



Récemment, j’ai eu la possibilité d’accompagner plusieurs personnes atteintes de maladie de Parkinson. Il m’est apparu de plus en plus clairement que la conscience corporelle est un domaine central dans notre pratique du Massage Sensitif.
C’est pourquoi j’ai choisi de relier deux centres d’intérêt et de m’interroger :
1°) En quoi le développement de la conscience corporelle pourrait-il aider les personnes atteintes de maladie de Parkinson ?
2°) Le Massage Sensitif aide t-il à la prise de conscience du corps ?
Et par voie de conséquence peut-il être conseillé dans les cas de maladie de Parkinson soit comme méthode thérapeutique, soit comme pratique aidant à mieux supporter la maladie ?

Quelle est cette maladie de Parkinson?

La maladie de Parkinson est une affection neurovégétative dont l’étiologie mal connue est multifactorielle. Elle se caractérise par une destruction spécifique et sélective des neurones dopaminergiques mélanisés de la substance noire et la présence d’inclusions cytoplasmiques éosinophiles (les corps de Lewy) dans les neurones restants. Les symptômes apparaissent quand il y a lésion de 50 à 70% des neurones nigrites :

Moteurs : Rigidité, hypertonie, tremblement de repos prédominant aux extrémités, lent, de 3 à 6 cycles par seconde, régulier, augmentant aux émotions, l’akinésie ou perte des mouvements volontaires, lenteur des gestes, disparition de la mimique (faciès du « joueur de poker »).
Neurovégétatifs et cognitifs Le traitement antiparkinsonien n’agit pas sur les causes de la maladie mais sur les symptômes. Son but est de rendre au malade une motricité correcte le plus longtemps possible. Il est basé sur les médicaments et la kinésithérapie. Les indications de la neurochirurgie sont limitées et les greffes sont encore au stade expérimental.

 

État psychologique

Toute maladie chronique invalidante est à l’origine de modifications psychologiques. D’une manière générale la personnalité du malade parkinsonien diffère d’une personne en bonne santé : rigidité, tendance à l’introversion et à l’inquiétude, conformisme, goût de l’ordre et de la prudence.

Cet état psychologique est souvent «coloré» par des symptômes communs à la plupart des malades. On prétend qu’une dépression est fréquente au cours de cette maladie. Celle-ci peut même survenir précocement, alors que la maladie n’est guère gênante dans la vie quotidienne. L’origine de la dépression, c’est-à-dire la part respective des facteurs biologiques liés au phénomène chimique du manque de dopamine (renvoyant à une «prédisposition» à la dépression) et psychologiques (en particulier réactionnels au handicap), est encore débattue. Des symptômes dépressifs plus ou moins prononcés sont présents dans près de 40 % des cas. Ils se manifestent surtout sous la forme d’une tonalité triste de l’humeur, d’une vision sombre de l’avenir, d’une perte de l’élan vital. Cette tristesse contribue à teinter de gris le vécu de la maladie, parfois de manière apparemment disproportionnée au vu d’un handicap encore modéré. Cette tendance dépressive est souvent accompagnée de ruminations anxieuses ou de crises d’angoisse. La tonalité dépressive de l’humeur apparaît ou augmente au cours des phases de blocage, c’est-à-dire de résurgence des signes parkinsoniens.
Tout se passe donc comme si, chez certains malades, l’état physique et l’état psychique évoluaient de manière parallèle, avec des hauts et des bas dans une même journée ou à quelques minutes d’intervalle. Ces variations rapides du « moral » peuvent être très déconcertantes pour l’entourage, d’autant plus que l’intéressé lui-même a souvent du mal à les expliquer.

La communication

Une maladie de Parkinson sévère entrave la communication. La mimique du parkinsonien diminue. A l’extrême, le visage est figé ; seuls, le mouvement des yeux et l’éclat du regard laissent transparaître les émotions. Les gestes automatiques qui accompagnent en général la parole se raréfient. La réduction des gestes et l’appauvrissement des jeux de physionomie peuvent faire croire que le malade est dépourvu d’émotion. Il s’agit en réalité d’une difficulté, voire d’une impossibilité, à extérioriser celle-ci par ses gestes et sa mimique.La voix elle-même peut être altérée, ce qui augmente encore ce «brouillage» de la communication. Elle devient moins forte, moins modulée et plus monotone.
Les possibilités d’accentuation du discours deviennent limitées. Par exemple, comment le malade peut-il faire comprendre que son propos doit être pris dans un sens ironique ou humoristique, s’il l’énonce d’une voix monocorde et sans geste d’accompagnement ? Dans les formes les plus sévères de la maladie la parole est peu intelligible.

Mes constatations

J’ai donc constaté que le Massage Sensitif est une méthode efficace qui, outre la possibilité de se relaxer, permet de rétablir l’équilibre physique et psychique de ces malades.
Ces patients s’expriment facilement sur leurs vies présente et passée.
Une grande importance doit être accordée à leur parole mais aussi au toucher

Il ne faut pas nier la maladie mais pouvoir en parler.
La stabilité du thérapeute face à la maladie et à la réalité qui évoluent sans cesse est de la plus haute importance.
Sachant que les séances pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson se font à domicile, nous devons faire en sorte que le lieu reste calme et apaisant.
L’entourage reste indispensable. Mais une limite doit être posée en accord avec le patient, ceci pour ne pas nuire à la qualité des séances.

L’entourage

La maladie de Parkinson, surtout la forme raide, devient invalidante au bout de quelques années seulement et le degré d’invalidité dépend du caractère du malade. La personne perd sa joie de vivre. Elle n’a plus confiance en elle et dans les autres. Son habilité, sa rapidité et la précision de ses gestes diminuent au fil du temps. Le besoin de découvrir par la lecture, les rencontres, les voyages… disparaît laissant un vide que l’entourage doit combler. C’est l’altération de ces caractères qui rend la vie de l’entourage si difficile.Le parkinsonien en phase avancée a besoin d’un accompagnement 24 heures sur 24 et ceci dans les gestes les plus intimes, ce qui est quelquefois difficile à accepter par l’entourage et les aides soignantes «Untel est aussi malade et il se débrouille mieux… !» Comment peut-on comparer les ressentis d’un malade à ceux d’un autre ? Ce qui choque l’entourage c’est le manque de pudeur de «son malade» que l’on a connu autrement. Les demandes du malade doivent être exécutées dans l’instant : la moindre attente lui est insupportable et lui parait interminable. La nuit, la parole ou les gestes sont rassurants.
La personne voit le retour de toutes les angoisses, de toutes les peurs ancestrales : peur du noir, peur du feu, de l’orage, d’un bruit imaginaire, peur de l’abandon et de la mort.Quand on a la chance d’avoir des aides attentives et compétentes, la charge est bien allégée mais il reste la responsabilité
la nécessité d’entretenir le contact, l’éveil, l’envie de vivre ! Pour tout cela le jeu est d’un grand secours : tous les jours une partie de scrabble est bienvenue, ainsi que les entretiens avec l’orthophoniste, mais il est difficile de faire reprendre les exercices en dehors de l’heure prévue. Les rencontres avec les quelques amis que la maladie ne rebute pas trop sont aussi appréciées.

 Mes malades aiment relire leurs livres de jeunesse : ils les relisent une fois, deux fois… L’actualité ne les intéresse pas beaucoup, ils vivent retranchés dans leur monde d’autrefois avec leurs livres et leurs photos.

Les activités physiques sont inexistantes, excepté celles faites par le kiné deux fois par semaine, en revanche les massages sont appréciés.

En résumé

1°) En quoi le développement de la conscience corporelle pourrait-il aider les personnes atteintes de maladie de Parkinson ?
Chez les parkinsoniens

 Le schéma corporel et l’image du corps sont évolutifs

n travail sur la conscience corporelle permet de mieux vivre avec cette maladie

 Le thérapeute doit aider la personne à s’accepter tel qu’il est

 Il importe de se garder de la fermeture au monde extérieur et du repli sur soi.
2°) En quoi le Massage Sensitif peut-il être conseillé soit comme méthode thérapeutique, soit comme pratique aidant à mieux supporter la maladie ?
Les principes du Maïeutage qui représentent «l’esprit» et la « philosophie » de cette méthode permettent d’aider chacun à atteindre une conscience plus approfondie de sa propre réalité corporelle et « spirituelle », ainsi que d’avancer dans sa découverte.

On accompagne particulièrement efficacement ces personnes à faire ce voyage avec l’écoute et le respect spécifiques au Massage Sensitif. Cela leur procure plus de sérénité.

Le Massage Sensitif est une école de respect de l’individu, de son autonomie, d’attention et d’écoute de la personne dans sa globalité.Je remercie mes patients.

Je pense que cette démarche peut s’envisager pour bien d’autres pathologies où corps, psychisme, vies relationnelle et sociale sont intimement liés : personnes atteintes du sida, enfants obèses, myopathes, etc.

«Merci à mes collègues d’amplifier ce travail, de la même façon que nous pouvons proposer à nos "massés" d’amplifier leurs mouvements intérieurs afin qu’ils deviennent conscients et prennent du sens. Cela revient à proposer à celles et ceux qui souffrent d’être "enfermés" dans un corps qui ne répond plus à leurs désirs / pensées de dépasser ces barrières.»
Laurence Morand